Tu as mordu dans un pastel de nata encore tiède un matin à Lisbonne, et depuis tu n’arrives plus à t’en remettre ? Je te comprends totalement. La pâtisserie portugaise a ce truc rare : elle est à la fois simple dans ses ingrédients et absolument inoubliable en bouche. Chez moi, depuis que j’ai ramené une boîte de pasteis dans ma valise, ma fille de 9 ans en réclame régulièrement “les petits flans croustillants du Portugal”.
Dans cet article, je t’emmène découvrir :
- L’histoire fascinante (et un peu inattendue) de la pâtisserie portugaise
- Les gâteaux incontournables à connaître avant de voyager au Portugal
- Les spécialités régionales que peu de touristes connaissent
- Les desserts du quotidien qu’on trouve dans chaque café
- Où trouver de vrais gâteaux portugais en France
Allez, on part au Portugal, du moins par les papilles.
Sommaire
TogglePourquoi la pâtisserie portugaise est-elle si riche et si unique ?
Si la pâtisserie portugaise est aussi foisonnante, c’est grâce à une histoire particulière qui remonte aux couvents médiévaux. Et franchement, quand j’ai découvert ça, j’ai trouvé ça fascinant.
L’héritage des couvents : comment les moines ont inventé la pâtisserie portugaise
Au Portugal, une grande partie des desserts traditionnels porte le nom de doces conventuais, ce qui signifie littéralement “douceurs des couvents”. Et ce n’est pas une coïncidence.
Pendant des siècles, les moines et les nonnes des monastères portugais utilisaient des quantités astronomiques de blancs d’œufs pour empeser leurs habits et leurs voiles. Résultat : il leur restait des jaunes d’œufs en pagaille. Plutôt que de les jeter, ils les ont transformés en recettes sucrées, en y ajoutant le sucre qu’ils avaient en abondance. C’est ainsi que sont nés des dizaines de desserts à base de jaunes d’œufs et de sucre, dont certains sont encore incontournables aujourd’hui.
Quand les ordres religieux ont été dissous en 1834, les travailleurs des couvents ont emporté ces recettes avec eux, les diffusant dans tout le pays. Voilà pourquoi chaque région du Portugal a ses propres spécialités, chacune portant l’empreinte du couvent local.
Des jaunes d’œufs, de la cannelle et du sucre : les ingrédients signature du Portugal
Si tu regardes les recettes portugaises, trois ingrédients reviennent encore et encore :
- Les jaunes d’œufs : omniprésents, héritage direct des couvents
- La cannelle : épice signature qui parfume l’arroz doce, les pasteis de nata, les fatias douradas
- Les amandes : base de nombreuses spécialités conventuais (toucinho do céu, queijadas, pastel de feijão)
À cela s’ajoutent le sucre, le lait, la farine de riz, et les agrumes, notamment le citron et l’orange. Le zeste de citron apparaît dans l’arroz doce, l’orange dans la torta de laranja. Le Portugal a d’ailleurs introduit l’orange douce en Europe au XVIe siècle, lors de ses grandes explorations maritimes.
Les pasteis de nata, le gâteau portugais le plus connu au monde
On ne peut pas parler de pâtisserie portugaise sans commencer par eux. Les pasteis de nata sont devenus un phénomène mondial, et honnêtement, c’est totalement mérité.
Pasteis de Belém ou pasteis de nata : quelle différence ?
C’est LA question que tout le monde se pose, et je l’avais moi-même longtemps ignorée.
Les pasteis de nata sont les tartelettes à la crème que tu trouves partout dans le monde, des pâtisseries de Paris aux boulangeries de New York. Pâte feuilletée croustillante, crème aux œufs légèrement caramélisée sur le dessus, texture crémeuse à l’intérieur. Délicieux.
Les pasteis de Belém, eux, ne se trouvent qu’à un seul endroit : la pâtisserie “Pasteis de Belém”, fondée en 1837 à Lisbonne, juste à côté du monastère des Hiéronymites. C’est là qu’un ancien habitant du monastère, chassé après la dissolution des ordres religieux, a commencé à vendre ces tartelettes pour survivre. La recette originale est gardée secrète depuis près de 200 ans : seuls quelques maîtres pâtissiers y ont accès, de génération en génération.
En résumé : tous les pasteis de Belém sont des pasteis de nata, mais tous les pasteis de nata ne sont pas des pasteis de Belém. La version de la pâtisserie originale est réputée incomparable, et les files d’attente devant la boutique te confirmeront que le mythe est bien réel.
Comment déguster les pasteis de nata comme un Portugais
Les Portugais sont catégoriques là-dessus : les pasteis de nata se mangent tièdes, à peine sortis du four. Pas froids, pas réchauffés le lendemain. Tièdes.
On les saupoudre de cannelle (et certains ajoutent aussi un peu de sucre glace), et on les accompagne d’un expresso serré, le fameux “bica” portugais. Pour une version plus douce, un verre de vin de Porto blanc fait aussi très bien l’affaire.
Si tu les fais maison, sors-les du four et mange-les dans les 10 minutes. Le feuilletage perd vite son croustillant une fois refroidi.
Les gâteaux portugais traditionnels à connaître absolument
Au-delà des pasteis de nata, la pâtisserie portugaise regorge de classiques que chaque famille connaît par cœur. En voici quatre qui méritent vraiment ta curiosité.
Bolo Rei, le gâteau des rois portugais
Le Bolo Rei (littéralement “gâteau du Roi”) est l’équivalent portugais de notre galette des rois : une couronne de pâte briochée moelleuse, garnie de raisins secs, de fruits secs et de fruits confits colorés. Il trône sur toutes les tables portugaises de Noël jusqu’à l’Épiphanie.
Son histoire est savoureuse : il est apparu en France, à la cour de Louis XIV, avant d’être importé au Portugal vers 1870 par la Confiserie Nationale de Lisbonne. Mais avec la proclamation de la République en 1910, ce gâteau “royal” a failli disparaître. Il s’est alors rebaptisé “gâteau de Noël” pour survivre, avant de retrouver son nom d’origine.
Il existe aussi une version sans fruits confits, le Bolo Rainha (gâteau de la Reine), pour ceux qui n’aiment pas les fruits confits. Dans ma maison, c’est clairement la version préférée de mon mari.
Pão de Ló, le gâteau éponge de Noël et de Pâques
Le Pão de Ló est le gâteau éponge portugais, et sa recette est d’une simplicité désarmante : œufs, farine, sucre. Trois ingrédients, c’est tout. Le secret réside dans la quantité d’œufs et dans la durée de fouettage, qui donne au gâteau une texture légère et aérienne.
Il se consomme surtout à Pâques et à Noël, accompagné d’un thé, d’un café ou d’un verre de Porto. Il existe plusieurs versions régionales très différentes : le Pão de Ló d’Ovar est réputé pour son cœur presque coulant, né selon la légende d’une cuisinière pressée qui l’aurait sorti du four trop tôt avant la visite d’un roi. Le roi aurait adoré, et la recette est restée.
Anecdote que j’adore : le Pão de Ló a voyagé jusqu’au Japon avec les premiers explorateurs portugais du XVIe siècle, et il y est encore consommé aujourd’hui sous le nom “pan” ou “kasutera”.
Arroz Doce, le riz au lait à la portugaise
L’Arroz Doce (riz doux) est le dessert de famille par excellence au Portugal. Du riz cuit dans du lait sucré avec un zeste de citron, des jaunes d’œufs pour lier, et généreusement saupoudré de cannelle en poudre. Servi tiède ou froid selon les maisons.
Chaque famille portugaise a sa propre recette, transmise de génération en génération. Certains ajoutent de la vanille, d’autres un peu de zeste d’orange, d’autres encore un œuf entier pour épaissir. La cannelle, elle, est incontournable.
C’est le dessert que les Portugais évoquent avec le plus de nostalgie : “l’Arroz Doce de ma grand-mère” est une expression qui revient souvent, et je comprends tout à fait cette émotion. Ce genre de recette, chez moi c’est le riz au lait de ma mère.
Bolo de Bolacha, le gâteau aux biscuits Maria
Le Bolo de Bolacha est un dessert sans cuisson, incontournable dans toutes les pastelarias et sur toutes les tables de fêtes portugaises. Son nom signifie littéralement “gâteau de biscuits”, et sa composition est aussi simple que son nom : des couches de biscuits Maria (un biscuit sec typique portugais) imbibés de café fort, alternées avec une crème au beurre ou de la chantilly au lait concentré.
Les biscuits Maria ont eux-mêmes une histoire surprenante : inventés en Angleterre au XIXe siècle en hommage au mariage du prince Alfred avec la duchesse Maria Alexandrovna, ils sont devenus une institution au Portugal, au point de se retrouver dans des dizaines de recettes locales.
Le résultat final ressemble vaguement au tiramisu ou au gâteau de petits-beurre français, mais avec une personnalité bien à lui. C’est le dessert que les enfants réclament à chaque anniversaire.

Les desserts portugais des couvents (doces conventuais)
Ces desserts méritent une section à part entière. Ils sont nés dans les couvents, portent souvent des noms poétiques ou religieux, et ont des saveurs beaucoup plus complexes qu’ils n’y paraissent.
Toucinho do Céu, le “bacon du paradis” aux amandes
Le nom fait sourire : Toucinho do Céu signifie “bacon du paradis”. Rien à voir avec la viande : ce gâteau dense et parfumé est à base d’amandes moulues, de jaunes d’œufs et de sucre. Son nom étrange vient du fait que la recette originale contenait du saindoux (graisse de porc), remplacé depuis.
Né au couvent de Santa Clara à Guimarães au XVIIIe siècle, ce dessert a une texture dense et fondante, très riche en goût. Il s’accompagne idéalement d’un verre de muscat ou d’une liqueur d’amande amère. Si tu en trouves dans une pâtisserie, n’hésite pas : c’est une découverte qui mérite le détour.
Queijadas de Sintra, la spécialité au fromage frais
Les queijadas sont de petites tartelettes à base de fromage frais, de sucre, d’œufs et de cannelle. Leur texture est dense et fondante, leur goût subtilement sucré avec une légère acidité du fromage. Elles sont associées depuis le XIIIe siècle à la ville de Sintra, près de Lisbonne.
Si tu visites Sintra (et tu devrais : c’est l’une des plus belles villes du Portugal), tu verras les queijadas dans toutes les boutiques. Les manger sur place, encore fraîches, c’est une expérience à part entière. Elles s’accompagnent bien d’un thé vert ou d’un vin de Porto blanc.
Pastel de Feijão, la pâtisserie surprenante aux haricots blancs
Voilà un dessert qui surprend à chaque fois qu’on le mentionne : le Pastel de Feijão est une pâtisserie à base de haricots blancs, de sucre et d’amandes. Oui, des haricots dans un dessert. Et non, ça ne goûte pas la soupe.
Spécialité de Torres Vedras, au nord de Lisbonne, ce pastel a une texture douce et délicate, et un goût finalement assez proche des pasteis de nata. C’est une belle illustration du génie de la pâtisserie conventuale : transformer des ingrédients humbles en quelque chose d’inoubliable.
Les gâteaux portugais par région : chaque ville a sa spécialité
L’une des choses que j’aime le plus dans la gastronomie portugaise, c’est que chaque région garde jalousement ses propres recettes. Voyager au Portugal, c’est aussi découvrir une carte de spécialités sucrées qui change de ville en ville.
Lisbonne et ses pasteis, Sintra et ses queijadas
Lisbonne est indissociable des pasteis de nata, bien sûr. Mais la capitale propose aussi d’autres classiques : la bola de Berlim (le beignet fourré à la crème), le bolo de arroz dans chaque café, et les fios de ovos, ces filaments d’œufs pochés dans du sirop utilisés pour décorer les pâtisseries.
Sintra, à 30 kilomètres de Lisbonne, c’est la ville des queijadas et des travesseiros, de petits chaussons feuilletés fourrés à la crème d’amandes et d’œufs. Si tu fais l’excursion depuis Lisbonne, prévois du temps pour les pâtisseries.
Aveiro et ses ovos moles, l’Algarve et sa torta de laranja
Aveiro, la “Venise portugaise”, est connue pour ses ovos moles : de petites coques en pâte de riz remplies d’une crème de jaune d’œuf et de sucre, moulées en forme de coquillages, de poissons ou de barques. C’est la première pâtisserie portugaise à avoir obtenu un statut de protection géographique (IGP). Tu ne peux pas quitter Aveiro sans en ramener.
L’Algarve, au sud du Portugal, a sa propre star : la torta de laranja, un biscuit roulé à base de jus d’orange. L’orange douce a été introduite en Europe par les navigateurs portugais au XVIe siècle depuis l’Asie, et l’Algarve est aujourd’hui la région du pays qui en produit le plus. Certains affirment que la recette est née dans un couvent de Lagos.
Bola de Berlim et bolo de arroz : les gâteaux du quotidien portugais
Tous les gâteaux portugais ne sont pas réservés aux fêtes ou aux pastelarias chic. Certains accompagnent le quotidien des Portugais depuis toujours.
La bola de Berlim, symbole des plages et de l’été
La bola de Berlim est le beignet portugais par excellence : une pâte frite bien dorée, saupoudrée de sucre, fourrée d’une crème pâtissière aux œufs. Malgré son nom qui fait référence à Berlin, ce dessert est totalement entré dans la culture portugaise.
Son terrain de jeu favori ? Les plages de l’Algarve en été. Des vendeurs ambulants se promènent avec leurs glacières et proposent des bolas de Berlim fraîches et encore légèrement tièdes. C’est un souvenir d’enfance pour toute une génération de Portugais, et clairement l’un des moments les plus savoureux d’une journée à la plage.
Le bolo de arroz, le petit-déjeuner des cafés portugais
Entre dans n’importe quel café portugais le matin, et tu trouveras derrière le comptoir des petits gâteaux cylindriques, légèrement bombés, saupoudrés de sucre : c’est le bolo de arroz, le gâteau de riz.
Sa texture est légère et légèrement granuleuse, résultat de la farine de riz utilisée dans la recette originale (même si beaucoup de pâtisseries utilisent aujourd’hui de la farine de blé). Il s’accompagne du galão, le café au lait portugais servi dans un grand verre. C’est LE petit-déjeuner typique que je recommande à tous ceux qui voyagent au Portugal.
Où trouver de vrais gâteaux portugais en France ?
Pas besoin d’attendre les vacances pour se régaler. La communauté portugaise est très présente en France, notamment en région parisienne, dans le Val-de-Marne, en Île-de-France, et dans de nombreuses grandes villes.
Quelques pistes pour trouver de vrais gâteaux portugais près de chez toi :
- Les épiceries et supermarchés portugais : ils proposent souvent des biscuits Maria, des gâteaux emballés (Bolo Rei en saison, pasteis de nata surgelés), et parfois des produits frais selon les enseignes.
- Les boulangeries-pâtisseries tenues par des Portugais : une recherche rapide “pâtisserie portugaise” dans ta ville peut donner de belles surprises, surtout en région parisienne.
- Les épiceries en ligne spécialisées : plusieurs boutiques livrent en France des produits alimentaires portugais, dont parfois des gâteaux secs ou des préparations à base de biscuits Maria.
- Fait maison : l’arroz doce, le bolo de bolacha et le pão de ló sont des recettes accessibles, même sans formation de pâtissier. Je te recommande de commencer par le bolo de bolacha : aucune cuisson, des ingrédients faciles à trouver, et un résultat bluffant.




